Épisode 3 – Istanbul
Juillet 1969- en autostop jusqu'à Istanbul
Épisode 3
Istanbul
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Les journées du séjour 📖 Mercredi 16 juillet - Arrivée à Istanbul 📍 8 journées à Istanbul – du 16 au 24 juillet 1969 |
Pour découvrir Istanbul, je disposais de cette carte touristique, devenue depuis un petit souvenir de voyage à elle seule.

Elle m'a accompagné pendant ces quelques jours à la découverte de la ville.
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Mercredi 16 juillet 1969
Quelle journée !
Finalement, je suis resté avec Willem, Paulo, Sandrah, Joanna et Roni. Nous avons visité la mosquée Sainte-Sophie, le palais de Topkapi, le Bosphore et le Grand Bazar. C'était passionnant.
Nous avons pris un verre au bord du Bosphore. C'était vraiment formidable et nous avons beaucoup ri. Nous avons fumé le narghilé et bu du thé (voir photos).
J'ai donc passé toute la journée avec Willem, Sandrah, Joanna et un guide. Les deux autres ne sont finalement pas venus, et ce n'est pas plus mal : ils n'étaient pas très amusants.
célèbre pour ses six minarets et ses faïences d'Iznik qui lui ont valu son surnom.
En arrière-plan, le combi Volkswagen de mes amis italiens, avec qui je partage ces journées inoubliables à Istanbul
J'ai acheté du papier à lettres pour écrire à Sylvie, mais je n'ai vraiment pas eu le temps de le faire.
Ah ! J'oubliais... Je suis allé à la poste. J'y ai trouvé une lettre de Sylvie, une autre de tante Francine, ainsi qu'un courrier de Myriam accompagné d'un chèque de mon oncle Francis, le tout adressé en « Poste Restante – Istanbul ». C'est assez amusant de recevoir un chèque à Istanbul ! Il ne faudra pas que j'oublie de leur répondre. D'ailleurs, demain, j'ai pas mal de courrier à écrire.
Excusez-moi... j'ai perdu mon Bic bleu !
Le soir, nous sommes allés dans un cabaret assister à des danses turques, notamment la célèbre danse du ventre. C'est fascinant et il faut voir cela au moins une fois dans sa vie. On se demande comment il est possible d'obtenir un tel déhanchement, avec autant de rythme et de volupté.
Cette journée m'a coûté assez cher : 60 livres turques, soit environ 25 francs, mais cela valait vraiment la peine.
Nous sommes rentrés vers 2 h 30 du matin et j'ai encore discuté avec Willem, Sandrah et Joanna jusqu'à 3 h 30.
Une excellente journée !
Demain, mes amis partiront pour Bursa puis Izmir. Je ne peux malheureusement pas les accompagner, car ils doivent prendre la sœur de Paula. Ce n'est pas grave, mais je crois que je vais les regretter un peu... Ils sont vraiment sympathiques.
Jeudi 17 juillet 1969
Seul dans Istanbul
Réveil vers 8 h 30. Je suis un peu fatigué. Aujourd'hui, il va falloir me débrouiller seul : mes amis italiens poursuivent leur route vers Bursa, tandis que je reste encore quelque temps à Istanbul.
Après avoir replié les tentes et chargé le combi, nous reprenons la route jusqu'à la ville. Au moment de nous quitter, ils m'invitent à les rejoindre plus tard à Bursa. L'idée est tentante, mais je préfère prendre le temps d'y réfléchir.
Je pars ensuite à la recherche d'un hôtel dans le quartier de la Mosquée Bleue. J'en trouve un, grâce à un barbier qui me change aussi 50 marks au taux de 3,20 lires pour un mark. À peine la transaction terminée, quelqu'un m'en propose 3,25 ! Tant pis, c'est fait.
Grâce à cette aide, je trouve une petite pension pour 5 lires turques, soit environ 2 francs la nuit. Le confort est très sommaire : une chambrée de douze lits, à peine plus grande que ma chambre à Lille. J'y fais néanmoins la connaissance d'un Français.
| Brochure du premier hôtel où j'ai séjourné à Istanbul (17 juillet 1969). Une seule nuit à 5 lires… avant de déménager dès le lendemain au Yücel Tourist Hostel, plus cher mais infiniment plus accueillant. | |
L'après-midi, je repars me promener dans Istanbul. Je flâne dans le Grand Bazar, traverse le quartier de Galata et continue à prendre des photos. J'ai aussi la chance de pouvoir entrer dans une mosquée au moment de la prière. L'atmosphère est saisissante : le silence, les fidèles recueillis, les chants... Un moment que je n'oublierai pas.
Une scène typique de l'Istanbul de 1969.
Je passe ensuite à la poste restante, mais aucune lettre ne m'attend.
En fin d'après-midi, je fais mes comptes. Il me reste 200 francs, 300 marks et 130 lires turques. J'ai l'impression d'avoir dépensé un peu trop depuis le départ. Il va falloir surveiller le budget.
Après une heure de repos, je ressors avec le Français rencontré à la pension. Il est sympathique, même si nos conversations restent assez superficielles. Nous dînons dans un petit troquet avant d'aller voir la fameuse rue des maisons closes. L'ambiance est toujours aussi sordide. Les femmes derrière les vitrines me font penser à des fauves enfermés dans leur cage.
Nous faisons ensuite la connaissance de deux voyageurs français, pleins d'anecdotes sur leurs périples. La soirée devient tout de suite plus intéressante. Nous terminons dans un café, entre Sainte-Sophie et la Mosquée Bleue, véritable rendez-vous des routards du monde entier. J'y discute longuement avec un Turc qui parle un très bon français.
Pour les prochains jours, j'aimerais visiter le Bosphore et me rendre aux îles des Princes, sans doute à Büyükada (le nom noté dans mon carnet est difficile à déchiffrer).
Je pense aussi changer d'hôtel : il est vraiment trop sale...
À ne pas oublier : écrire à tante Francine.
P.-S. : Aujourd'hui, j'ai fait réparer mon duvet. J'ai aussi quelques aphtes.
Les quais d'Eminönü
Vendredi 18 juillet 1969
Le Yücel Tourist Hostel, carrefour des voyageurs
Après une nuit mouvementée dans un hôtel très bon marché, mais vraiment peu engageant, Laurent, mon compagnon de fortune, et moi décidons de changer d'adresse.
Nous trouvons une place au Yücel Tourist Hostel. Le dortoir coûte 12 lires turques, un peu plus cher que la veille, mais il est propre et l'ambiance semble bien plus agréable. Les chambres ne sont pas encore libres, il faudra attendre midi. Ce qui me plaît surtout, c'est que l'auberge est fréquentée par des voyageurs venus du monde entier.
En attendant, je prends un petit-déjeuner avec de la confiture de rose. Une découverte... et un vrai régal !
À midi, nous pouvons enfin nous installer. La chambre est excellente : seulement quatre lits, avec lavabos et douches au rez-de-chaussée. Rien à voir avec la pension de la veille.
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Le Yücel Tourist Hostel En préparant cette publication, j'ai découvert que le Yücel Tourist Hostel, où je séjournais ce 18 juillet 1969, venait tout juste d'ouvrir ses portes. Il est considéré comme la première véritable auberge de jeunesse de Turquie. Quelques années plus tard, il deviendra une étape incontournable de la célèbre Hippie Trail, la route terrestre empruntée par des milliers de voyageurs en direction de l'Afghanistan, du Népal ou de l'Inde. Sans le savoir, j'ai probablement fait partie de ses tout premiers pensionnaires. |
Je passe ensuite à la poste restante. Une lettre de Sylvie m'attend. Quel plaisir d'avoir des nouvelles !
Avec Laurent, nous déjeunons d'un kebab, cette viande rôtie découpée sur une immense broche verticale. Une première pour moi, et une spécialité que je découvre avec plaisir.
L'après-midi, nous retournons admirer la Mosquée Bleue. Nous faisons la connaissance de deux étudiants pakistanais installés à Londres. Plus tard, j'entre dans une petite mosquée près du pont de Galata au moment de la prière.
L'atmosphère est impressionnante. Un homme récite les versets du Coran pendant que les fidèles, agenouillés sur leurs talons, prient dans un profond recueillement. Le calme qui règne dans la mosquée contraste avec l'agitation de la ville.
Je poursuis ensuite ma promenade dans le quartier de Galata. Le soleil est au rendez-vous et Istanbul est magnifique. (Je remarque en relisant mon carnet que j'emploie très souvent le mot « vachement » !)
Avec Laurent, nous faisons également un détour par le parc Gülhane. Son petit zoo nous amuse autant qu'il nous attriste : on y trouve pêle-mêle une vache normande, des poules, un lion, un ours, des singes... et même des chats enfermés dans des cages minuscules.
Depuis les jardins de Sultanahmet, la Mosquée Bleue dévoile toute l'élégance de son architecture ottomane.
Malgré cette belle journée, une inquiétude commence à me gagner : j'ai l'impression que mon argent diminue beaucoup trop vite.
En prenant un verre avec Laurent dans un petit café, nous faisons la connaissance d'un beatnik norvégien. Nous discutons en anglais. Il nous explique qu'il ne peut pas s'attarder, car sa femme et ses deux enfants l'attendent à la maison. La révélation nous surprend : avec son allure de routard chevelu, nous l'imaginions célibataire et libre comme l'air !
Le soir, nous dînons avec les deux étudiants pakistanais. L'ambiance est excellente et les éclats de rire ne manquent pas.
Après le repas, Laurent nous quitte. Je poursuis la soirée avec mes nouveaux amis et un serveur du restaurant. Nous allons boire le thé sur les quais de la Corne d'Or, servi dans une élégante théière turque. Nous passons un excellent moment. Les deux étudiants voyagent en Volkswagen et rentrent passer leurs vacances au Pakistan.

Le thé turc au bord du Bosphore :
une pause que je n'ai jamais oubliée.
Sur ce, je vais écrire à Sylvie, puis me coucher.
P.-S. Pendant que je rédige ces lignes, un jeune Hollandais vient s'asseoir avec nous. Il se rend... en Indonésie ! Quel veinard ! J'aimerais bien, moi aussi, partir un jour jusque-là.
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Samedi 19 juillet 1969
Une journée aux Îles des Princes
Ce matin, je me lève vers 8 heures avec l'intention de prendre le bateau de 9 heures pour Burgazada. Après le petit-déjeuner, Laurent et moi réglons une nouvelle nuit au Yücel Tourist Hostel. Pensant avoir raté le bateau, nous passons d'abord à la poste où j'achète un timbre pour répondre à Sylvie. Malheureusement, aucune lettre ne m'attend à la Poste Restante.
Nous achetons ensuite nos billets – une lire turque, soit environ 40 centimes – et allons boire un thé sur le pont de Galata avant d'embarquer sur le bateau de 10 h 30.
La traversée est très agréable. Les bateaux sont bondés et l'animation sur le Bosphore est permanente.
Nous débarquons à Burgazada (Burgaz), la deuxième des Îles des Princes.
Notre première préoccupation est de trouver un endroit où nous baigner. Il y a un monde fou : familles turques, élégantes villas, bateaux de plaisance... Grâce à deux femmes turques, nous découvrons finalement un coin tranquille.
Je pars ensuite me promener dans l'île. Le paysage est magnifique. Ici, pas de voitures : seulement des mulets, des charrettes et quelques calèches. L'atmosphère est paisible et contraste totalement avec l'agitation d'Istanbul
Nous déjeunons ensuite dans un petit restaurant en plein air. C'est très agréable... mais aussi très cher ! J'ai dépensé 8 lires, soit environ 4 francs, pour ce repas. Une véritable fortune !
Je ne retrouve toujours pas mon Bic bleu...
Le retour vers Istanbul est tout aussi spectaculaire. Le Bosphore est couvert de bateaux. Je n'avais jamais vu une telle circulation sur l'eau.
Le soir, nous dînons avec Laurent, un Canadien et un Américain. J'en profite pour changer de l'argent. Pour 100 marks, on veut d'abord me donner 320 lires, puis 322,5. Après une petite négociation, j'obtiens finalement 325 lires. Cinq lires de plus, c'est tout de même le prix d'un dîner !
Je pense rester encore trois ou quatre jours à Istanbul avant de reprendre tranquillement la route vers la France.
Un Français rencontré à l'auberge part seul pour Kaboul. Il me propose de l'accompagner. J'en aurais tellement envie... mais je dois penser au retour.
Bonsoir.
P.-S. J'ai fait la connaissance d'un étonnant beatnik canadien d'environ soixante-dix ans : chemise indienne, casque colonial et des jambes pas plus épaisses que mes bras !
Dans notre chambre de quatre lits loge également un Suisse de soixante à soixante-cinq ans. Il tousse toute la nuit et ne se sépare jamais de sa petite serviette noire. Le personnage est extraordinaire : il a déjà fait plusieurs fois le tour du monde et m'a raconté une partie de ses aventures... en allemand !
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Dimanche 20 juillet 1969
Une journée paisible à Istanbul
Il est midi et, pour l'instant, je n'ai rien fait de bien extraordinaire.
Ce matin, je suis allé visiter les citernes souterraines, construites au VIᵉ siècle pour stocker l'eau de Constantinople lorsque les aqueducs étaient détruits au cours des sièges de la ville. Une visite impressionnante.
Je commence pourtant à ressentir une certaine lassitude. Je pense quitter Istanbul jeudi matin en direction d'Edirne, puis rentrer tranquillement vers la France. Si tout se passe comme prévu, je quitterai la Turquie le lundi 28 juillet.
À midi, je déjeune seul d'un kebab, cette viande rôtie découpée sur une immense broche, accompagné d'une assiette de riz achetée dans un petit restaurant de rue.
J'achète ensuite un journal avant de reprendre le bateau pour Burgazada, l'une des Îles des Princes où je suis déjà allé hier. Il fait bon. Je m'installe tranquillement pour lire et profiter du calme de l'île.
Au retour, je m'accorde même un petit somme.
En fin de journée, je retrouve quatre Français de l'auberge. Ils reviennent d'un long voyage à travers l'Inde, la Syrie et Israël... Les veinards !
Nous allons dîner ensemble avant de rentrer à l'hôtel.
La journée se termine simplement, autour d'un thé.
Pendant que Neil Armstrong marchait sur la Lune, je poursuivais mon propre voyage, bien plus modeste, sur les routes de Turquie...
Un âne chargé dans une ruelle d'Istanbul, scène paisible de la vie quotidienne
Lundi 21 juillet 1969
Les Américains sont sur la Lune !
►Les Américains doivent être sur la Lune.
J'ai très mal dormi cette nuit. Je ne sais pas pourquoi.
Ce matin, je suis allé visiter le musée archéologique d'Istanbul. La visite est intéressante, même si je me rends compte qu'il faudrait de solides connaissances en histoire ancienne pour en apprécier toutes les richesses.
À midi, je déjeune avec deux Français qui se préparent à partir pour les Indes. L'un d'eux était déjà à l'auberge hier, le second vient tout juste d'arriver. Nous mangeons copieusement avant de repartir flâner dans le Grand Bazar, toujours aussi vivant et animé. J'y retournerai certainement encore avant de quitter Istanbul.
Je passe ensuite à la Poste Restante. Une nouvelle lettre de Sylvie m'y attend. Je visite également deux petites mosquées.
Au cours de la journée, les conversations avec les voyageurs se succèdent. Deux Allemands nous racontent qu'ils ont pris en auto-stop... huit Grecs dans leur voiture, un mois plus tôt ! Il faut être un peu fou... D'autant plus que, paraît-il, l'auto-stop ne fonctionne presque plus en Grèce.
La journée s'achève tranquillement : dîner, achat de L'Express, puis retour à l'auberge. J'écris à Sylvie avant de me coucher de bonne heure.
Dans les ruelles d'Eminönü, entre le marché aux épices et le Grand Bazar :
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20-21 juillet 1969 : l'Homme marche sur la Lune Pendant que je découvrais Istanbul, le monde entier suivait l'exploit de la mission Apollo 11. Dans la nuit du 20 au 21 juillet 1969, Neil Armstrong devenait le premier homme à poser le pied sur la Lune, bientôt rejoint par Buzz Aldrin. Mon carnet ne consacre qu'une seule phrase à cet événement : « Les Américains doivent être sur la Lune. » Cette remarque montre bien la manière dont nous voyagions à l'époque. Sans téléphone portable, sans Internet et avec peu d'occasions de suivre l'actualité, les grandes nouvelles nous parvenaient souvent avec retard, au détour d'un journal ou d'une conversation. |
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Mardi 22 juillet 1969
Une journée sur le Bosphore
Réveil vers 8 h 30, suivi d'un petit-déjeuner au Yücel Tourist Hostel. Je fais la connaissance d'un Français qui se prépare à partir pour l'Iran.
Comme presque chaque jour, je passe à la Poste Restante. Aucune lettre aujourd'hui.
Je décide ensuite d'embarquer pour une longue promenade sur le Bosphore. Le bateau remonte le détroit presque jusqu'à son extrémité, aux portes de la Mer Noire.. La traversée est impressionnante : naviguer entre l'Europe et l'Asie procure une sensation difficile à décrire. Les rives sont magnifiques, bordées de demeures élégantes, de villages paisibles et animées par un incessant va-et-vient de bateaux.
Je déjeune à Beykoz, sur la rive asiatique, avant de reprendre le bateau pour Istanbul. Le retour est tout aussi agréable.
De retour en ville, je flâne dans le Bazar aux Épices, toujours aussi vivant et coloré. Un nouveau passage à la Poste Restante ne m'apporte malheureusement aucune lettre.
Je pense beaucoup à Sylvie et à ce qui m'attend l'année prochaine après le baccalauréat. J'espère simplement être heureux.
En fin d'après-midi, je m'installe sur la terrasse de l'hôtel pour lire L'Express. Les articles sont passionnants.
Je fais ensuite la connaissance d'un Autrichien avec qui je discute en anglais. Encore une rencontre intéressante.
Le soir, je dîne dans un petit restaurant près de la gare.
En Turquie, on mange vraiment bien.
Je suis fatigué. Ce soir, je me coucherai de bonne heure.
(Photos : promenade sur le Bosphore et Beykoz.)
Mercredi 23 juillet 1969
Dernière journée à Istanbul
Réveil vers 8 h 30, suivi du petit-déjeuner. Comme presque chaque matin, je passe d'abord à la Poste Restante.
Je pars ensuite me promener entre le pont de Galata et le pont Atatürk. Les quais sont très sales, mais débordent de vie. Partout s'activent artisans, pêcheurs, porteurs et petits commerçants. Cette animation permanente fait tout le charme de la ville.
Je monte ensuite jusqu'à la mosquée Süleymaniye, perchée sur l'une des sept collines d'Istanbul. Elle est magnifique.
Je visite également le musée des Arts turcs et islamiques. La découverte est passionnante : d'anciens tapis, parmi les plus vieux conservés au monde datant du XIIIᵉ au XVIᵉ siècles, de splendides manuscrits du Coran et de nombreuses œuvres d'art témoignent de la richesse de la civilisation ottomane.
En redescendant vers le pont de Galata par les ruelles animées, je longe les rives de la Corne d'Or.
Là, je fais une rencontre inoubliable.
Je m'arrête pour boire un thé avec un Turc qui assure le cabotage entre les deux rives de la Corne d'Or. Il m'offre deux verres de thé, puis m'invite à monter sur son petit bateau pour une promenade. Nous discutons en allemand. Il me demande de le photographier avec un de ses amis et me confie son adresse afin que je lui envoie le cliché une fois rentré en France.
Une rencontre simple, chaleureuse... et tellement sympathique.
J'achète ensuite une carte postale pour maman avant de rentrer à l'hôtel vers 12 h 30.
L'après-midi, je me promène encore un peu dans Istanbul. Puis je prends une grande décision : je partirai demain matin.
J'ai changé mes dernières lires turques. J'ai le sentiment d'avoir découvert l'essentiel d'Istanbul et je n'ai pas envie de poursuivre seul vers d'autres régions de Turquie.
Le soir, je dîne avec un Français de vingt-neuf ans, comptable de profession. Depuis douze ans, il consacre tous ses congés à voyager. Il revient des Indes, de Laponie, de Suède, d'Arabie... et demain il partira pour un kibboutz en Israël.
Ses récits sont passionnants et j'aimerais volontiers poursuivre la route avec lui.
Nous terminons la soirée en prenant le thé sous le pont de Galata.
J'aime ce pont flottant.
L'ambiance y est unique : les bateaux, les cafés, les odeurs de thé, les narghilés... C'est l'Orient tel que je l'avais imaginé.
Nous discutons longuement avec un Turc qui parle parfaitement français. La conversation porte sur les sultans, sur Mustafa Kemal Atatürk et sur l'histoire de la Turquie.
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Le 23 juillet, au cours de mes découvertes d'Istanbul, je fais la connaissance de Daniel. Après mon départ, il m'envoie cette carte postale à mon domicile. Plus d'un demi-siècle plus tard, je l'ai toujours conservée. Au recto : une vue de Jérusalem
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Je quitte cette soirée avec un léger pincement au cœur.
J'aimerais rester encore, mais je ne peux pas passer tout l'été à Istanbul.
J'ai désormais envie de reprendre la route, tranquillement, vers la France.
Jeudi 24 juillet 1969
Cap sur la Bulgarie
Réveil à 5 heures du matin.
J'achète une miche de pain avant de quitter Istanbul.
L'auto-stop recommence… et j'adore ça !
À peine sorti de l'hôtel, un taxi s'arrête. Je monte, persuadé qu'il s'agit d'un dolmuş, ces taxis collectifs très utilisés en Turquie. Le trajet ne coûte normalement que quelques lires.
Mais je me suis trompé.
Le chauffeur m'emmène bien à la sortie de la ville, puis m'annonce un prix exorbitant : 30 lires ! Pire encore, il refuse de me laisser descendre. Pendant quelques instants, je crains vraiment qu'il ne cherche à me soutirer tout mon argent.
Après une discussion plutôt tendue, je m'en tire finalement en lui donnant un dollar et dix lires turques.
Une mésaventure qui m'aura valu quelques belles émotions...
À peine le temps de photographier les anciens remparts d'Istanbul qu'une Volkswagen s'arrête.
Son conducteur, un ingénieur électronicien, me prend en stop jusqu'au carrefour de la route de Bulgarie et de Grèce.
Nous discutons tout le trajet... en anglais.
Istanbul disparaît peu à peu dans le rétroviseur. Une nouvelle étape commence : celle du retour vers l'Europe.
À peine le temps de prendre cette dernière photo avant de reprendre l'auto-stop vers la Bulgarie.
La suite de cette étape est racontée dans l'épisode 4.
Carnet de voyage et photographies originales © Hubert Delesalle - 1969

























