Épisode 1 – de Lille à Edirne (Turquie)
Juillet 1969- en autostop jusqu'à Istambul
Épisode 1
de Lille à Edirne (Turquie) en autostop
Je devais partir en duo avec mon ami François M. Cependant, au dernier moment, avide de liberté je décide de partir seul an autostop jusqu'à Istanbul, je le préviens au téléphone la veille de mon départ !
Jeudi 10 juillet 1969
de Lille à Coblence -- les autoroutes
1ère journée
Naman me dépose à 7 h 45 à Baisieux, à la frontière belge. L'autostop commence bien et je finis par passer par Bruxelles plutôt que par Mons et Charleroi.
J'arrive en Allemagne vers 14 heures. J'ai été pris par beaucoup de camions.
En Allemagne, problème avec les échangeurs d'autoroute ! Beaucoup de marche à pied. J'ai rencontré une dizaine d'autostoppeurs ; amusant...
Je quitte l'autoroute après Cologne (Köln) pour prendre la route de Coblence( Koblenz), dans la vallée du Rhin, très jolie. Je passe près des Sept Montagnes (Siebengebirge).
Les kilomètres s'accumulent et le document administratif se transforme peu à peu en carnet de bord.
Crevé, je n'ai pas le courage de monter jusqu'à l'auberge de jeunesse qui se trouve au-dessus de Coblence. J'ai au moins deux heures de marche dans les jambes, sans compter le temps passé à attendre les voitures.
Temps très médiocre mais, par veine, j'ai évité la pluie.
Nuit à l'hôtel.
TVTB. Bonsoir.
Encore rien de perdu !
Je me débrouille en allemand. C'est agréable de se faire comprendre ; conversations dans toutes les voitures
Départ de la frontière franco-belge, près avoir quitté Bruxelles, je traverse l'Allemagne jusqu'à Cologne. Je quitte ensuite l'autoroute pour rejoindre la vallée du Rhin. La route passe au pied du massif du Siebengebirge, les célèbres « Sept Montagnes », avant d'atteindre Coblence où je termine cette première journée de voyage
(Distance approximative : 450 km)
Vendredi 11 juillet 1969
de Coblence (Allemagne) à Salzburg (Autriche)
2ème journée -
Aujourd'hui, tout va bien.
J'ai quitté Coblence à 7 heures et suis arrivé à Salzbourg, en Autriche, vers 19 heures.
Les gens qui m'ont pris étaient très sympathiques. Beaucoup de discussions, car je me débrouille en allemand. C'est agréable de se faire comprendre.
J'ai eu beaucoup de chance à Munich. Le conducteur qui m'avait pris à Nuremberg m'a fait traverser toute la ville, qui compte tout de même près de 1 800 000 habitants. Il m'a déposé à l'entrée de l'autoroute pour Salzbourg où il y avait un auto-stoppeur au mètre carré ! Sans compter la police et même la télévision.
J'ai eu le temps de sauter dans une 2 CV allemande alors que certains attendaient depuis au moins trois heures !
Le moral est au beau fixe.
À Salzbourg, les deux auberges de jeunesse étaient complètes.
P.S. J'ai toujours le foulard de mon amie autour du cou et le nounours dans ma poche !
Temps infect, mais je ne souffre pas de la pluie. J'ai trouvé un hôtel. C'est tout de même beaucoup plus cher, mais enfin, on dort bien !
Demain, il faut que je traverse l'Autriche. Pourvu que ça aille...
J'ai écrit à Jacques, mon frère aîné et à ma belle-sœur Nicolette.
Après avoir dîné — choucroute et bière — je pense beaucoup à mon amie. Mais je vais bien malgré la solitude, qui me permet de réfléchir sans m'ennuyer.
Je rencontre beaucoup de gens. C'est d'ailleurs amusant d'être seul dans des endroits inconnus. On cherche davantage à réfléchir et à se plonger dans le monde extérieur. Je suis heureux. Tout va bien.
Tracé du 2ème jour
Deux jours après avoir quitté Baisieux, je suis déjà aux portes des Alpes et de l'Europe oriental
(Distance approximative de la journée : 350 km)
Samedi 12 juillet 1969
De Salzbourg à la frontière yougoslave
3ème journée
Beaucoup de chance aujourd'hui.
Parti ce matin de Salzbourg, je suis arrivé à Zagreb dans la même voiture !
Deux Yougoslaves m'ont pris en stop. Comme ils étaient épuisés, ils m'ont laissé le volant, ce qui n'était pas plus mal. Ils voulaient se reposer un peu.
Ils m'ont offert à boire et à manger puis, le soir, nous avons dîné chez l'un de leurs amis. Il y avait beaucoup d'alcool.
J'étais fatigué mais j'ai réussi à rejoindre la route de Belgrade.
Je dors au bord de la route.
Le temps était détestable en Autriche mais, à partir de Graz, il a fait beau.
La Yougoslavie me paraît pittoresque : charrettes, vaches, paysages nouveaux.
À la douane, j'ai écrit à maman et à Sylvie.
Tracé du troisième jour
En trois jours, j'ai quitté le Nord de la France pour atteindre les Balkans.
(Distance approximative de la journée : 450 km)
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Dimanche 13 juillet 1969
De la frontière yougoslave à Sofia
4ème journée
Je me réveille 4 heures après avoir passé ma première nuit à la belle étoile.
Il fait bon, mais mauvaise surprise : mon duvet était troué au fond !
Vers 4 h 45, une voiture avec trois Yougoslaves m'a emmené sur environ 125 kilomètres. Je me retrouve alors à quelque 250 kilomètres de Belgrade.
Il est 6 h 30. Je prends mon petit déjeuner dans un restoroute. L'autostop a bien marché jusqu'à présent et le moral est bon.
Plus tard dans la matinée, me voici à la sortie de Belgrade. Jusqu'ici, tout allait bien, mais maintenant cela se complique. Les voitures s'arrêtent peu et j'ai hâte de trouver un véhicule pour Niš.
J'ai rencontré deux Français plutôt sympathiques. Dans une station-service, j'interroge un couple d'une cinquantaine d'années pour savoir s'ils ont une place jusqu'à Niš. Le conducteur me répond :
« Par principe, je ne prends jamais d'autostoppeur ! » — La réponse est nette...
Attablé dans un bistrot, je vois passer une camionnette Fiat avec à son bord cinq Italiens : deux garçons et trois filles.
Je saute sur l'occasion :
— Avez-vous une place pour Niš ?
C'est d'accord !
J'ai beaucoup de chance, d'autant plus qu'ils m'emmènent finalement jusqu'à Sofia. Ils sont vraiment sympathiques et très amusants.
La route défile au milieu des paysages balkaniques. Les kilomètres passent vite en leur compagnie.
Nous arrivons à Sofia vers deux heures du matin. Nous cherchons un hôtel, mais tous affichent complet.
Finalement, nous dormons sous la tente. C'est sympathique.
L'arrivée à Sofia à 2 heures du matin explique très bien que les formalités bulgares se retrouvent datées du 13 ou du 14 juillet selon le poste frontière et l'heure exacte
Tracé du quatrième jour
(Distance approximative de l'étape : 450 km)
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Lundi 14 juillet 1969
De Sofia, la capitale de la Bulgarie à Edirne, frontière turque
5ème journée
Après une bonne nuit passée sous la tente, nous restons environ deux heures à Sofia.
Le temps de découvrir l'ambiance qui règne derrière le Rideau de fer. Dans les rues, les lieux publics et les halls des hôtels, policiers en uniforme et policiers en civil sont omniprésents. On a manifestement l'impression d'être surveillé en permanence.
Au détour d'une rue, mon regard est attiré par un objet abandonné sur le trottoir. Je le ramasse : c'est un petit livre pour enfant.
À peine l'ai-je en main que deux policiers m'interpellent !
Je leur explique tant bien que mal que je ne fais rien de mal. Après quelques instants, ils me laissent finalement tranquille.
Toujours avec les mêmes Italiens depuis Belgrade, nous reprenons ensuite la route vers la Turquie.
C'est vraiment sympathique d'être ainsi baladé d'un pays à l'autre. J'ai parfois quelques scrupules à me faire tout payer, mais je suis malgré tout très heureux de cette chance extraordinaire.
Ils m'ont même offert un excellent déjeuner.
En ce moment, je suis à la frontière bulgaro-turque. Nous attendons depuis trois heures et demie. J'espère que nous finirons par passer un de ces jours car, avec cette attente, j'ai l'impression de faire de l'autostop !
J'ai échangé un paquet de Gauloises contre une dizaine de cigarillos « Déchets de Havane » avec un Français de Pérenchies, dans le Nord, ma région.
Après les formalités bulgares, c'est maintenant au tour de la douane turque.
Va-t-on en sortir un jour ?
À bientôt. Je vais me promener un peu pour que le temps passe plus vite.
Toujours pas bougé depuis la ligne précédente.
Il est 23 h 30.
Mes amis italiens papotent entre eux et je ne comprends pas grand-chose. Nous arrivons tout de même à communiquer grâce à l'anglais et parfois au français.
Minuit et quart.
Nous venons de parcourir vingt mètres !
Il est trois heures moins le quart.
Nous dormons finalement dans un camping à Edirne.
Bonsoir.
Tracé du cinquième jour
Sofia → frontière bulgaro-turque → Edirne
(Distance approximative de l'étape : 300 km)
Après cinq jours de voyage, me voici enfin en Turquie. Istanbul n'est plus qu'à quelques heures de route.
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