Épisode 5 – Traversée de l'Anatolie
1968 - Mon périple vers l'Orient
Épisode 5
D'Istanbul à Bazargan - Traversée de l'Anatolie
Dimanche 14 juillet 1968
Traversée du Bosphore
En route vers Ankara, découverte de l’Asie
Réveil vers 8 h 30. Nous repartons nous promener dans Istanbul, puis Alberto vient nous chercher pour reprendre la route.
Notre visite est trop courte. Je me promets de revenir un jour : cette ville est vraiment fascinante.
Pour rejoindre l’autre rive et gagner l’Asie, nous devons traverser le détroit du Bosphore, qui relie la mer Noire à la mer de Marmara. Nous empruntons un bac — à l’époque, il n’y a pas encore de pont routier.
Sur le bac, nous embarquons avec nous un Allemand prénommé Girt, ingénieur en vacances voyageant en auto-stop. Il nous accompagnera jusqu’à Téhéran.
Les paysages sont sensationnels et nous croisons de nombreux nomades. Vers dix heures, nous arrivons à Ankara. Jo est tombé en panne à quatre-vingts kilomètres de là. Alberto part le dépanner pendant que nous nous installons dans un hôtel à 3,5 livres turques la nuit — une misère !
Nous découvrons le raki, la boisson nationale à base d’anis… et l’ambiance devient vite très joyeuse
Lundi 15 juillet 1968
Ankara, capitale de la Turquie
Au réveil, je pars changer de l’argent avec Alain et Michèle, puis nous nous rendons au ministère du Tourisme. Il fait une chaleur écrasante. En chemin, un type s’arrête et nous embarque dans sa voiture : un dolmuş, le taxi collectif typique turc — une grosse voiture américaine des années trente. Nous rentrons de la même manière pour seulement 75 lires turques.
Ces fameux dolmus transportent jusqu'à une dizaine d'individus et toute sorte de cargaison.
L’après-midi, nous allons au parc. C’est assez amusant — sans trop savoir pourquoi, sans doute à cause du dépaysement, Gino s’énerve un peu !
Le soir, nous mangeons un shish kebab, spécialité turque : des morceaux de viande de mouton alternés avec des légumes sur une broche.
Nous attendons Jo et Alberto, partis réparer les voitures.
Les gens sont chaleureux, et nous discutons facilement avec les autochtones.
Dans la nuit du 15 juillet, nous empruntons des routes de terre en très mauvais état. Michèle s’enlise et casse son accélérateur. Nous nous couchons vers trois heures du matin.
Mardi 16 juillet 1968
D’Ankara à la frontière iranienne – Traversée de l’Anatolie
Au réveil, Girt entreprend une spectaculaire toilette « type phoque » !
À court de monnaie locale, j’emprunte 200 lires turques à Jo. Nous empruntons ensuite une route de montagne en mauvais état, et Michèle casse son pare-brise.
Nous déjeunons — pour presque rien — puis faisons un bain dans l’Euphrate (Girt en tenue d’Adam !).
Moment d’anthologie : Alberto, assis à côté de moi, prend le volant en pleine marche en passant derrière moi sans même que je m’arrête !
Sur la route, nous croisons deux Français qui vont à Tokyo en 4L, et plus tôt dans la journée, d’autres voyageurs en route vers Kaboul avec deux camions.
Nous nous arrêtons pour dormir à la sortie d’Erzurum.
deus femmes assises préparent le repas
Au fond, Le Mont Süphan région de Van
Mercredi 17 juillet 1968
Passage rocambolesque de la frontière Turquie – Iran
Après une nuit glaciale, réveil à 5 h 30. Nous partons vers l'est en direction de l’Iran. Je prends de nombreuses photos en route — vais-je les retrouver un jour ?
Nous sommes dans l'Anatolie Orientale. La région est montagneuse. Les « maisons » au bord de la route sont faites de bouse séchée, les villages sont très pittoresques.
Nous embarquons deux auto-stoppeurs en route vers l’Inde.
Dans un village, je donne mon jean Levi’s à un gamin.
Nous prenons ensuite deux autres auto-stoppeurs, dont l’un est complètement déjanté !
Nous longeons l’Arménie et apercevons sur notre gauche le majestueux mont Ararat, culminant à 5 137 mètres.
Dans la nuit, nous atteignons la frontière Turquo-Iraniene. Le passage est compliqué : tampons de sortie, puis un long no man’s land de plusieurs kilomètres entre les deux frontières. Enfin, la douane iranienne — nouveaux tamponx, avec l’inscription des voitures sur nos passeports (il n’y aura pas de tampon de sortie !).
Une voiture passe toutes les deux heures…
Gino dort dans un hôtel « terrible » côté turque. Alberto, Michèle, Girt et moi passons la nuit dans un endroit sordide : j’entends des souris — ou des rats — se promener dans ma gamelle !










